Une déclaration du président nigérian Bola Tinubu, prononcée le 30 juillet dernier devant des chefs traditionnels, a mis le feu aux poudres au niveaude l’AES. Le numéro un nigérian impute la recrudescence des enlèvements et des attaques au Nigeria à un « effondrement » de la sécurité dans l’AES.
Ce verbatum d’Ahmed Bola Tinubu a réagir les trois pays de la Confédération des États du Sahel (AES). Convoqués à Ouagadougou, le représentant ses MAE du trio sahélien a répondu à cette provocation en appelant à préserver un dialogue respectueux entre États frères. Le président nigérian Bola Tinubu a attribué la recrudescence des attaques terroristes au Nigeria à un « effondrement » sécuritaire dans les pays voisins du Sahel. Les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont exprimé leur « profond regret » et jugé ces propos « inexacts » et « peu compatibles » avec l’esprit de solidarité régionale.
Le ministre burkinabè Karamoko Jean Marie Traoré a dénoncé une analyse « simpliste » qui occulte les sacrifices des forces de défense sahéliennes. Le Niger a été particulièrement visé, alors que son armée combat Boko Haram depuis des années, bien avant que le terrorisme ne s’installe au Sahel. Le chargé d’affaires nigérian a reconnu les efforts des pays de l’AES et s’est engagé à transmettre le message à Abuja, tout en saluant la démarche diplomatique des trois États.
« Profond regret » pour l’AES
Jeudi 6 août, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a reçu le chargé d’affaires de l’ambassade du Nigeria, en présence de ses homologues maliens et nigériens. Une rencontre organisée dans l’urgence, pour signifier la position concertée des trois États membres de l’AES. « Nous avons exprimé notre profond regret face à des propos inexacts et peu compatibles avec l’esprit de solidarité qui doit prévaloir entre États voisins confrontés à une menace commune », a déclaré le ministre Traoré à l’issue des échanges.
Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Nous en payons la facture, mais les véritables ennemis sont ailleurs
Pour le chef de la diplomatie burkinabè, les déclarations de Tinubu relèvent d’une « analyse rapide, très simpliste et surprenante », qui révèle un « biais préoccupant » de la part de la première autorité nigériane. En désignant les pays du Sahel comme responsables de l’aggravation des difficultés sécuritaires au Nigeria, le président Tinubu a, selon lui, occulté les sacrifices considérables consentis quotidiennement par les forces de défense sahéliennes et leurs populations.
Les sacrifices sahéliennes passés sous silence
Le ministre Traoré a tenu à rappeler que le Burkina Faso, le Mali et le Niger paient un lourd tribut dans la lutte contre le terrorisme, bien avant que la vague djihadiste ne déferle sur le Sahel. Pour le cas particulier du Niger, il a souligné que l’armée nigérienne combat Boko Haram depuis des années, alors que le phénomène terroriste ne sévissait pas encore dans les pays de l’AES. « Ces propos constituent un mépris du sacrifice consenti par l’armée nigérienne », a-t-il martelé.
Le ministre a également noté que, malgré les connexions établies entre Boko Haram et certains groupes terroristes actifs au Sahel, les États de la Confédération se sont toujours gardés d’accusations publiques contre le Nigeria. Ils ont privilégié une approche fondée sur la coopération et la responsabilité partagée. La ligne de conduite que les autorités nigérianes auraient, selon Ouagadougou, intérêt à adopter, plutôt que de désigner des boucs émissaires.
L’appel à la coopération et à la solidarité
Au-delà de la réplique diplomatique, le ministre Traoré a insisté sur la nécessité de dépasser les incompréhensions. « Nous ne sommes pas responsables de ce qui nous arrive. Nous en payons la facture, mais les véritables ennemis sont ailleurs. » Il a appelé à des discours fédérateurs, porteurs de solidarité, plutôt qu’à des déclarations susceptibles d’alimenter les divisions entre peuples voisins liés par l’histoire et la géographie. Le diplomate nigérian, en réponse, a pris bonne note du message et a reconnu les efforts considérables des pays de l’AES.
Il a cité le rôle déterminant joué par le Niger dans la prévention d’attaques qui auraient pu viser le territoire nigérian, saluant une démarche qui privilégie le dialogue et la compréhension mutuelle. La reconnaissance pourrait apaiser les tensions et ouvrir la voie à une coopération sécuritaire renforcée entre le Nigeria et ses voisins du Sahel. La passe d’armes diplomatique, bien que vive, n’a pas dégénéré en crise ouverte. Les trois pays de l’AES ont su exprimer leur désaccord sans rompre les ponts, tandis que le Nigeria a pris acte des réserves formulées. Les accusations publiques ne font qu’offrir des brèches à un ennemi commun. La vraie bataille, celle de la confiance mutuelle et de l’action conjointe, reste à gagner.

