Le 7 août 2026, la Côte d’Ivoire célébrait le 66e anniversaire de son accession à l’indépendance. À Yamoussoukro, la capitale politique, les festivités se sont déroulées dans une ambiance patriotique, mais le Sous-préfet de la circonscription a choisi de ne pas se contenter des seules louanges.
A Zambakro, Yeo Dohogninnina a soutenu que la paix et la prospérité nationales ne sauraient occulter des réalités locales de la Sous-Préfecture de Yamoussoukro. Avec franchise, il a énuméré les fléaux qui menacent le développement de sa circonscription en appelant à une mobilisation collective pour y remédier. Son discours est interpellateur, à l’heure où les acquis de l’indépendance doivent se mesurer au quotidien des populations.
Le Sous-préfet Yeo Dohogninnina a dressé un bilan des difficultés locales (conflits fonciers, orpaillage, drogue, etc.) lors de la célébration de l’indépendance. Les conflits de chefferie et les tensions entre agriculteurs et éleveurs sont récurrents dans la sous-préfecture. L’urbanisation anarchique et l’orpaillage illégal figurent parmi les menaces environnementales et sociales. La déclaration tardive des naissances compromet la fiabilité des statistiques démographiques. La tournée de proximité (« La Sous-Préfecture chez vous ») a permis d’enregistrer près de 6 000 demandes de régularisation d’état civil.
Des carences au niveau local locales
Le Sous-préfet a d’abord salué les progrès macroéconomiques de la Côte d’Ivoire, dont il a rappelé la bonne tenue face aux chocs internationaux. Il a cité la récente mobilisation autour du financement du Programme National de Développement (PND) 2026-2030 et la place du pays parmi les économies les plus dynamiques au monde. De bons indicateurs.
Toutefois, il a souligné que ces avancées globales peinent à irriguer certains territoires, en particulier la sous-préfecture de Yamoussoukro. « Ce que les populations partagent en commun, c’est le climat de paix », a-t-il affirmé, mais cette paix est fragile et ne suffit pas à résoudre les problèmes structurels qui entravent le développement local.
Les six fléaux qui entravent le développement de Yamoussoukro
Le Sous-préfet a énuméré une série de maux qui rongent la circonscription. En tête, les conflits fonciers, alimentés par une urbanisation sauvage et des lotissements réalisés sans planification cohérente. Les terres, objet de toutes les convoitises, génèrent des tensions récurrentes, parfois violentes, entre familles et communautés.
S’y ajoutent les querelles de chefferie, qui se multiplient et fragilisent l’autorité traditionnelle pourtant garante de la cohésion sociale. Les heurts entre agriculteurs et éleveurs, classiques dans les zones rurales, prennent ici une ampleur particulière en raison de la pression démographique et de la raréfaction des ressources. L’orpaillage illégal, lui, détruit l’environnement et expose les populations à des risques sanitaires graves, sans aucun bénéfice pour la collectivité.
L’histoire jugera chaque acteur pour les actes qu’il aura posés dans l’œuvre de construction nationale et locale
Le Sous-préfet a également déploré la déclaration tardive voire l’absence des naissances, qui empêche l’établissement de statistiques démographiques fiables, indispensables à toute planification des politiques publiques.
Enfin, l’insécurité liée à la consommation de drogues par de nombreux jeunes, souvent couverte par un silence complice des habitants, constitue une menace grandissante pour l’ordre public et la santé des communautés. Face à ce tableau, le Sous-préfet n’a pas ménagé son ton. Il a lancé un appel solennel à une synergie de tous les acteurs (autorités, chefs traditionnels, élus, cadres, société civile et citoyens) pour mettre fin à ces fléaux.
Il a insisté sur la nécessité de lutter contre les lotissements anarchiques, l’orpaillage illégal, les conflits, et de promouvoir une déclaration systématique des faits d’état civil, gage d’une gouvernance éclairée. Il a aussi invité les cadres et élus de la circonscription à dépasser leurs divisions et à unir leurs forces pour porter des projets structurants. « L’histoire jugera chaque acteur pour les actes qu’il aura posés dans l’œuvre de construction nationale et locale », a-t-il prévenu, les engageant à la fraternité et à la concertation.
La tournée de proximité
Le Sous-préfet a salué une action récente qui a rencontré un écho favorable : la tournée dénommée « La Sous-Préfecture chez vous », qui a permis de collecter près de 6 000 requêtes émanant de personnes n’ayant jamais été déclarées à l’état civil. Les autorités veulent se rapprocher davantage des populations afin de résoudre les problèmes concrets. Il a appelé à poursuivre cette dynamique pour que chaque citoyen soit reconnu dans ses droits et puisse contribuer pleinement au développement local.
Le discours du Sous-préfet de Yamoussoukro, prononcé à l’occasion des 66 ans de l’indépendance, n’a pas fait oublier les urgences du terrain. En pointant du doigt les défaillances locales, il a ouvert un espace de dialogue et de responsabilité collective.
Si la Côte d’Ivoire a su préserver la paix et maintenir une croissance soutenue, c’est à l’échelle des sous-préfectures que la nation se construit vraiment. La mobilisation des cadres, des élus et de tous les citoyens est désormais attendue pour transformer cet appel en actions concrètes et durables.

